En marge, avec Jean-François Proulx

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En juin dernier, à l’occasion du gala des Prix du magazine canadien, la récolte a été faste pour le magazine Nouveau Projet. En plus d’avoir décroché le prestigieux titre de Magazine de l’année, Nicolas Langelier et son équipe ont récolté deux médailles d’or, une médaille d’argent et trois mentions honorables, dont la médaille d’or pour la meilleure direction artistique d’un numéro (« Ce Canada dont nous ne voulons pas »).

Le jury a salué la vision du directeur artistique Jean-François Proulx en lui octroyant la plus haute distinction pour une catégorie visuelle. Depuis NP01, Jean-François Proulx fait équipe avec Nouveau Projet pour créer l’identité visuelle du magazine. La Fondation s’est entretenue avec lui afin d’en savoir davantage à propos de son parcours et de sa démarche artistique.

FPMC : Vous êtes le directeur artistique de Nouveau Projet, mais vous dirigez aussi Balistique, que vous décrivez comme étant un « studio de collaboration graphique à géométrie variable ». Pouvez-vous nous parler brièvement de votre cheminement professionnel et de la petite histoire de ce studio?

Jean-François Proulx : En 2016, Balistique célébrera ses 8 ans, dont 5 passées avec nos amis du magazine Nouveau Projet, depuis leurs débuts. C’est un désir d’indépendance combiné à un certain esprit d’entreprenariat qui m’a poussé à lancer ce studio, après avoir travaillé quelques années en agence, ici, dans le Vieux-Montréal.

Balistique n’est pas un studio au sens traditionnel. Pas de bureaux, de secrétaire ou de photocopieur. Seulement une équipe flexible créée sur mesure pour les besoins de chaque client, travaillant sous ma direction artistique (branding, édition, web, applications mobiles). Les méthodes contemporaines de travail changent, et la mobilité est maintenant un atout pour les entreprises créatives qui peuvent collaborer avec différentes personnes, dans un processus organique.

Depuis 2008, nous travaillons particulièrement avec des organisations dans les milieux culturels et corporatifs. Et cette année marquera aussi le lancement d’un projet parallèle d’entreprise avec la conception et l’édition d’une application mobile (plus de détails à venir).

FPMC : Vous réalisez divers projets sous la bannière Balistique : conception graphique de logos, de jaquettes de livres, de programmes, d’affiches. En quoi votre approche diffère-t-elle selon le projet que vous abordez? Plus spécifiquement, quel est le processus de création en ce qui concerne Nouveau Projet?

JFP : Chaque projet est unique et nécessite une approche différente. Balistique s’entoure de collaborateurs talentueux qui sauront mener chaque projet à bon port. Dans le cas du magazine Nouveau Projet, nous travaillons à proximité de l’équipe éditoriale. Assez tôt dans le processus (jusqu’à 6 mois avant l’envoi du magazine à l’imprimeur) nous organisons des rencontres de production hebdomadaires, qui nous permettent de bien planifier la création visuelle du magazine, à mesure que la direction des textes se précise.

Ensuite, je rédige un brief créatif précis pour commander les oeuvres et photos qui illustreront le magazine. L’apport des collaborateurs est évidemment toujours apprécié et encouragé. Enfin, comme pour chaque projet d’envergure, la production se termine par un mois de production et d’échanges de toutes sortes, entre l’équipe créative et la rédaction. Ces jours-ci, nous travaillons d’ailleurs à la conception du prochain numéro du printemps-été 2016.

FPMC : En page couverture du numéro « Ce Canada dont nous ne voulons pas », pour lequel vous avez reçu la médaille d’or, le portrait de David Suzuki donne spontanément envie aux lecteurs de parcourir le magazine. L’utilisation de la lumière donne l’impression de plonger au cœur des préoccupations du scientifique. L’effet est vraiment saisissant. Pouvez-vous nous parler de la création de cette page couverture et de votre collaboration avec la photographe Dominique Lafond?

JFP: Je pense que cette couverture est toute spéciale pour le magazine. Elle marque l’entrée de Nouveau Projet dans la sphère des grands magazines de société. La couverture a été réfléchie ici, mais c’est à Toronto que nous avons dû rencontrer monsieur Suzuki. Son horaire est extrêmement chargé, et il n’était malheureusement pas disponible pour une visite à Montréal. Dominique Lafond et son équipe (Rodéo Productions) ont réussi à organiser une séance éclair à Toronto. Et quelle rencontre ça a été!

Monsieur Suzuki est un grand homme qui possède une impressionnante expérience. Il était tellement bavard que nous devions parfois l’interrompre pour prendre les photos.

FPMC : Pourquoi avoir choisi le rouge pour le titre du magazine sur cette page couverture, plutôt que le blanc, utilisé ailleurs? Ce choix semble aussi en rupture avec les numéros précédents.

JFP: L’optimisme habituel des couvertures de Nouveau Projet a été légèrement revu pour ce numéro. Le dossier central touche un sujet assez grave, soit la disparition d’une certaine idée du Canada, autrefois perçu comme une nation progressiste. Le rouge semblait la couleur idéale pour illustrer ce sujet important.

FPMC : D’une couverture à l’autre du magazine, le texte alterne entre le noir et l’orange, ce qui rend la lecture plus conviviale tout en mettant en valeur certains passages. Le style est sobre, et la couleur est utilisée parcimonieusement. En quoi ces choix reflètent-ils l’identité visuelle que vous désiriez conférer au magazine?

JFP : Nouveau Projet est un espace de lecture et de réflexion. Sans être brutalement minimaliste, la signature visuelle du magazine favorise une certaine élégance et invite les lecteurs à prendre leur temps (dans la lecture, la réflexion et même dans la vie en général). On s’éloigne aussi de la signature des créations éphémères à la mode (puisqu’elles ne survivent pas toujours à l’épreuve du temps).

FPMC : Depuis l’ouverture de votre studio en 2008, la qualité de votre travail a été saluée à maintes reprises. Aux Prix du magazine canadien en particulier, vous avez remporté cette année la médaille d’or pour la direction artistique d’un numéro, et étiez finaliste dans cette même catégorie en 2014. Quel impact ces distinctions ont-elles eu sur votre carrière?

JFP : Malgré une importance démesurée accordée par l’industrie (et surtout les jeunes designers), les distinctions en design ne changent pas le monde et ne prédisent pas le succès ou l’échec d’une carrière en design graphique. Je préfère toujours réfléchir avec une certaine humilité: je pense qu’un prix en design est surtout une précieuse occasion de remercier le client qui nous a fait confiance, et féliciter l’équipe qui travaille derrière le projet gagnant. On pense immédiatement à l’équipe de création, mais n’oublions jamais le travail passionné de tous les acteurs qui font qu’un magazine de qualité peut voir le jour.

En savoir plus : nouveauprojet.com

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Photo par Dominique Lafond

En marge, avec Nicolas Langelier

Nicolas Langelier (Photographe : Maxime Leduc); Nouveau Projet numéro 6
Nicolas Langelier (Photographe : Maxime Leduc) ; Nouveau Projet numéro 6

Nicolas Langelier, cofondateur, éditeur et rédacteur en chef de Nouveau Projet, a accepté de répondre aux questions de la Fondation dans le cadre de notre série d’entretiens « En marge ». Nouveau Projet s’est illustré lors de la dernière édition des Prix en décrochant plusieurs mentions honorables, en plus d’être nommé finaliste au titre le plus convoité, Magazine de l’année.

FNPMC : Les membres du jury ont encensé le côté audacieux et original de Nouveau Projet, tout en soulignant la qualité exceptionnelle de la direction artistique et du design. Quelle fut votre réaction lorsque vous avez appris la mise en nomination de Nouveau Projet au titre de Magazine de l’année?

Nicolas Ç’a été à la fois une grande surprise et une immense fierté. Pour un petit magazine indépendant qui compte seulement deux années d’existence, d’être finaliste au titre de Magazine de l’année, c’est un honneur inespéré.

Je me souviens aussi d’avoir ressenti une très grande reconnaissance envers les Prix du magazine canadien, pour arriver ainsi à prendre en compte des publications aux ressources et clientèles aussi diverses.

FNPMC : À quels facteurs attribuez-vous le succès remarquable que connait Nouveau Projet?

Nicolas : Je pense qu’il y a d’abord notre obsession pour la qualité, dans tout ce que nous faisons, du choix de nos sujets jusqu’à notre présence sur les réseaux sociaux. Nos lecteurs ressentent ce souci constant, et considèrent que c’est quelque chose pour lequel ils sont prêts à payer.

Et puis il me semble que nous venons combler un vide qui s’est créé dans le paysage médiatique. Avec la tendance générale vers des textes plus courts, des sujets plus sensationnalistes, du travail fait plus rapidement, s’est libérée une place pour des gens offrant justement une contre-tendance à tout ça.

Beaucoup de nos lecteurs nous disent que nous leur faisons du bien, et je pense que c’est parce que nous offrons quelque chose que beaucoup de publications considèrent que les lecteurs ne veulent pas, ou ne veulent plus.

« Faux-self mon amour » par Fanny Britt (Nouveau Projet) ; Médaille d'or, Journalisme personnel, 2012
Faux-self mon amour, par Fanny Britt (Nouveau Projet) ; Médaille d’or, Journalisme personnel, 2012

FNPMC : L’excellence de votre travail vous a valu plusieurs mentions honorables aux Prix du magazine canadien. Quelle incidence cela a-t-il eue sur votre carrière et sur le rayonnement de Nouveau Projet?

Nicolas : C’est certainement quelque chose qui a eu un impact positif pour nous. Peut-être plus au niveau de notre perception par les autres membres de l’industrie que par le public comme tel, parce que ce dernier (au Québec du moins) ne les connait pas nécessairement beaucoup—mais cette reconnaissance de nos pairs, des annonceurs et des collaborateurs actuels et futurs a une grande valeur pour nous.

Et j’ose aussi croire que cela a permis à Nouveau Projet de commencer à avoir une certaine visibilité au Canada anglais, ce qui est important.

FNPMC : Vous avez contribué à de nombreuses publications québécoises. Que fait la singularité des magazines québécois et canadiens, selon vous? En quoi se distinguent-ils par rapport à d’autres publications internationales?

Nicolas : C’est déjà un exploit d’arriver à survivre dans un marché aussi petit, qui pourrait être envahi par les publications étrangères. Je pense que ça en dit long sur la persévérance et le courage des gens qui composent cette industrie. D’arriver à produire des choses de grande qualité dans des conditions aussi difficiles, c’est quelque chose dont on peut être fiers.

« Solstice +20 par Nicolas Langelier (Nouveau Projet) ; Mention honourable, Essais, 2013
Solstice +20 par Nicolas Langelier (Nouveau Projet) ; Mention honourable, Essais, 2013

FNPMC : Vous participez fréquemment aux Prix du magazine canadien, et êtes membre de notre jury bénévole. Alors que vous étiez président de l’Association des journalistes indépendants, vous avez créé les Grands Prix du journalisme indépendant. En quels termes qualifieriez-vous le rôle essentiel que jouent les programmes de prix?

Nicolas : Ils sont essentiels. Bien sûr, ils ne sont pas parfaits, chacun a ses petits défauts, ses angles morts, ses chouchous. Mais d’avoir ce genre d’institutions qui valorisent l’excellence et tirent l’ensemble d’une industrie vers le haut, ça me semble absolument nécessaire. C’est vrai pour les éleveurs de vaches, les architectes ou les artisans qui fabriquent des magazines: nous avons besoin de ces incitatifs à nous comparer aux plus talentueux et rigoureux de notre industrie, et à sortir le meilleur de nous-mêmes.

FNPMC : Votre maison d’édition, Atelier 10, a récemment lancé la collection « Pièces ». Quel avenir souhaitez-vous pour Atelier 10 et pour vos publications? Quels sont vos objectifs à plus long terme?

Nicolas : J’ai envie que nous devenions une référence pour tout ce qui est culture et idées au Québec—et dans le reste de la francophonie, éventuellement. Publier les meilleurs auteurs et artistes visuels, et les faire découvrir à nos lecteurs. Produire différents types de publications, mais toujours avec une grande rigueur, et un souci constant des moindres détails.

Je crois encore beaucoup au papier, en tant que médium pour transmettre des idées, des informations, des valeurs, et j’ai envie de prouver qu’ils ont tort, tous ceux qui prédisent la mort de l’imprimé. Cela ne veut pas dire que nous négligeons le numérique pour autant: tout ce que nous faisons est aussi disponible en version numérique. Mais le papier a une place spéciale dans mon cœur, et je pense que c’est le cas aussi pour la majorité du public. Aussi bien en profiter!

Sinon, ultimement, je souhaite que notre travail ait un impact positif au niveau culturel, social, intellectuel. Si nous faisons tout cela, malgré les obstacles et les conditions difficiles, c’est parce que nous croyons que des changements sont nécessaires, dans notre société, et nous croyons aussi que les médias continuent d’avoir un rôle primordial à jouer pour faire avancer les choses, dans tous les domaines. Oui, les dernières 15 années ont fait mal à notre industrie, mais c’est à nous de trouver les manières de continuer à jouer notre rôle, en dépit de tout ça. Ce serait extrêmement dommage pour l’humanité, si un simple changement de contexte économique la privait de ce moteur essentiel que sont les médias de qualité.

Nouveau Projet numéro 3, direction artistique par Jean-François Proulx. Mention honourable, direction artistique de l'ensemble d'un numéro, 2013.
Nouveau Projet numéro 3, direction artistique par Jean-François Proulx. Mention honourable, direction artistique de l’ensemble d’un numéro, 2013.

Découvrir plus sur le magazine Nouveau Projet au nouveauprojet.com et sur Twitter @nouveau_project

Textes signés par Nicolas Langelier, à lire dans les archives de la Fondation :

Solstice +20, Nouveau Projet. Catégorie Essais, 2013
Le sida a 30 ans, ELLE Québec, coécrit avec Martina Djogo. Catégorie Société, 2011
De l’utilisation du mot pute par la jeune femme moderne, L’actualité. Catégorie Essais, 2007

« En Marge » : Lire d’autres entretiens

En marge, avec Dominique Forget

Dominique Forget (photo : Martine Doyon)
Dominique Forget (photo : Martine Doyon)

La FNPMC a le plaisir de présenter « En marge », une série d’entretiens réalisés avec des auteurs primés aux Prix du magazine canadien. Pour amorcer la série, la Fondation s’est entretenue avec la journaliste scientifique Dominique Forget.

Maintes fois récompensée aux Prix du magazine, Mme Forget raflé pas moins de cinq prix: quatre mentions honorables et une médaille d’or. En 2012, elle a récolté trois mentions honorables pour des textes publiés dans autant de magazines. Lors de la plus récente édition des prix, elle s’est encore une fois illustrée, avec l’équipe de Québec Science, en remportant la médaille d’or dans la catégorie Dossiers thématiques : imprimés.

Par Dominique Forget et al (Québec Science), Médaille d’or, 2013, Dossiers thématiques

FNPMC : Québec Science a accumulé les honneurs aux Prix du Magazine canadien au fil des ans. Cette année, votre équipe a remporté la médaille d’or dans la catégorie Dossiers thématiques- imprimés. Que fait la force de Québec Science à votre avis?

Dominique : Québec Science occupe une niche peu exploitée. Il est le seul magazine au Canada qui aborde des sujets de société sous l’angle des sciences.

L’équipe est petite, mais dévouée. Malgré les pressions grandissantes des annonceurs pour publier du contenu payé dans le magazine, Québec Science arrive à préserver farouchement son indépendance et à miser sur des sujets qui comptent.

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En marge, avec Isabelle Arsenault

La série En Marge paraîtra périodiquement dans notre blogue. Cette semaine, nous découvrons quoi de neuf avec l’illustratrice Isabelle Arsenault, lauréate de 2 Prix du magazine canadien et de 2 Prix littéraires du Gouverneur général.

FNPMC: Nous vous félicitons de gagner récemment votre deuxième Prix littéraire du Gouverneur général (illustrations, jeunesse, français). Votre livre, Jane, le renard et moi, écrit par Fanny Britt, raconte l’histoire d’Hélène, une jeune fille qui fait l’objet d’intimidation par ses condisciples, se sent inférieure et dont le seul plaisir est de lire Jane Eyre. En quoi cette histoire a-t-elle une résonance chez vous, et comment avez-vous créé l’image d’Hélène?

Isabelle : Le personnage d’Hélène est une jeune fille discrète qui se retrouve sans amies à un âge où l’appartenance à un groupe prend de l’importance.  Sans avoir été moi-même victime d’intimidation, je me suis inspirée de souvenirs de ma propre jeunesse, de scènes dont j’ai été témoin et d’impressions que ces souvenirs m’ont laissé.

J’ai décidé de représenter Hélène comme étant une fille sans style particulier, plutôt neutre et effacée à laquelle le lecteur puisse facilement s’identifier.

FNPMC : Plus tôt l’année 2013, vous avez remporté un Prix du magazine canadien, votre deuxième, pour une série d’illustrations dans Québec Science, dans le cadre d’un article intitulé « Organes recherchés ». Quel processus créatif utilisez-vous lorsque vous illustrez un article de magazine? Puisez-vous votre inspiration exclusivement du texte, ou d’autres sources?  Continue reading

En marge, avec Catherine Dubé

La série En marge est une exclusivité produite par la Fondation nationale du prix du magazine canadien (FNPMC) et qui offre aux anciens lauréats de Prix du magazine canadien une tribune où ils sont invités à exprimer ce que leur prix a signifié pour eux et à nous dire où ils en sont aujourd’hui dans leur carrière. La série En Marge paraîtra périodiquement dans notre blogue. Cette semaine, nous découvrons quoi de neuf avec Catherine Dubé, rédactrice du magazine L’actualité.
[The English version of this interview will be published tomorrow.]

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FNPMC : L’année dernière, vous avez remporté le Prix d’or dans la catégorie Service : Santé et famille, pour votre article « Demain, des centres à 7 $ par jour pour les vieux? », votre septième Prix du magazine canadien au cours des cinq dernières années! Qu’est-ce qui vous a incité à rédiger cet article?

Catherine Dubé (Photo par) Marie-Reine Mattera
Catherine Dubé (Photo: Marie-Reine Mattera)

Catherine DubéCette idée est issue d’une réunion de rédaction de L’actualité. Nous nous sommes demandé ce qui nous attend d’ici 10 à 20 ans : nous sommes tous des aidants naturels en sursis ! Le système de santé n’est pas préparé à prendre soin de la cohorte vieillissante des baby-boomers.

Le principal défi de ce reportage consistait à intéresser les lecteurs à ce sujet a priori pas très sexy…

J’ai fait ce que je fais toujours : illustrer l’information par de nombreux exemples concrets. Je me suis efforcée de trouver des solutions novatrices, comme les haltes répit qui ont inspiré le titre du reportage.  Continue reading

En marge, avec Pascale Millot

La nouvelle série En marge est une exclusivité produite par la Fondation nationale du prix du magazine canadien (FNPMC) et qui offre aux anciens lauréats de Prix du magazine canadien une tribune où ils sont invités à exprimer ce que leur prix a signifié pour eux et à nous dire où ils en sont aujourd’hui dans leur carrière. La série « En marge » paraîtra périodiquement dans notre blogue à l’automne 2012. Cette semaine, nous découvrons quoi de neuf avec Pascale Millot, rédactrice en chef adjointe du magazine Québec Science.

FNPMC: Au cours de son histoire, Québec Science a remporté 24 Prix du magazine canadien dont 13 au cours des 7 dernières années, notamment dans des catégories telles que Santé et médecine, Société, Dossiers thématiques et Science, technologie et environnement. Quelle est l’importance pour vous, comme rédactrice en chef adjointe, de voir votre équipe reconnue pour son travail? Et, selon vous, ce succès a-t-il un impact sur vos lecteurs?

Pascale Millot (Photo par Christian Fleury)

Pascale Millot: À la rédaction de Québec Science, nous sommes toujours fiers et heureux de voir le travail de nos journalistes reconnu par des prix aussi prestigieux que ceux de la Fondation des magazines canadiens. D’une part, parce que ces prix soulignent le talent de nos collaborateurs.

Ensuite, ces prix montrent la rigueur et l’originalité du travail qui est fait à Québec Science depuis des années. Vous savez, derrière un reportage se cache un important travail d’équipe.

Bien sûr, le plus grand mérite revient au journaliste qui l’écrit, mais le choix du sujet, la révision, le choix des titres et surtout l’encadrement pendant la recherche et la rédaction sont aussi d’une importance capitale et font souvent la différence entre un reportage «publiable» et une œuvre remarquable.

Quant à nos lecteurs, ils sont toujours impressionnés de voir notre récolte de prix. Je crois que cela renforce notre crédibilité.

FNPMC: L’année dernière, vous avez également remporté un Prix du magazine canadien pour votre article « Quand je serai plus là, qui va s’occuper de mes poissons? ». Ce reportage racontait l’histoire d’enfants qui souffrent de maladies mortelles et traitait de la réalité des soins palliatifs pour les jeunes, au Canada. Comment avez-vous été informée de ce dossier et pourquoi avez-vous décidé de faire enquête à ce sujet?

Pascale Millot: J’aime à répéter que, si j’avais eu plus d’audace et pas d’enfants, j’aurais fait du reportage en zone de guerre. Je pense en effet que les journalistes ont la responsabilité de nous faire découvrir des réalités peu connues et extrêmes.

Je ne fais pas de reportage en zone de conflit, mais je m’efforce tout de même de traiter de sujets extrêmes où des hommes et des femmes sont poussés au bout de leurs limites. C’est le genre de sujets qui me passionne et dont j’ai besoin pour garder mon intérêt dans ce métier.

Parler des enfants qui vont mourir, du don d’organes, de la torture, du suicide, de la maladie mentale et de toutes ces situations où l’être humain est poussé au bout de lui-même est ma manière à moi de faire du reportage extrême. En ce qui concerne ce sujet précis des soins palliatifs pédiatriques, j’ai été frappée de constater à quel point la mort, et particulièrement la mort des enfants, est taboue dans notre société.

D’ailleurs, beaucoup de gens autour de moi ne comprenaient pas pourquoi je me penchais sur un tel sujet, comme si c’était trop triste pour en parler. Mais c’est justement pour cela qu’il faut en parler.

FNPMC: Cette année, Québec Science célèbre son 50e anniversaire. Qu’avez-vous fait pour souligner cet anniversaire et quels sont les objectifs futurs du magazine?

Pascale Millot: C’est un gros anniversaire! 50 ans pour un magazine au Québec, c’est une incroyable longévité. D’autant plus qu’il s’agit du seul magazine de science destiné au grand public au Canada.

Pour souligner cette grande année, nous avons produit un numéro spécial qui présente les 50 grands défis de la recherche scientifique. Notre rédacteur en chef, Raymond Lemieux, a également publié un livre, Il était une fois Québec Science (Éditions MultiMondes), qui raconte l’histoire du magazine, mais aussi de la culture scientifique au Québec. Nous avons aussi repensé complètement notre site Internet et nous avons (enfin!) rendu nos archives accessibles en ligne.

Nos objectifs futurs? Produire de l’information sous forme numérique, mais aussi et surtout continuer à produire des reportages de fond, bien écrits, à même d’informer et de captiver un public non spécialiste. Il est de plus en plus difficile de produire de l’information de qualité, de fouiller des sujets, de prendre le temps de comprendre les différentes facettes d’un dossier.

Le reportage magazine demande du talent, mais aussi du temps et de la rigueur, des valeurs qui sont malheureusement de moins en moins dans l’air du temps.

FNPMC: Merci Pascale!

Découvrir plus à quebecscience.qc.ca. Lire la suite des gagnants du magazine Québec Science dans nos archives.

Prix d’Or, catégorie Société, 2010
Prix d’Or, catégorie Science, technologie et environnement, 2010
Prix d’Argent, catégories Santé et Médecine, et Science, technologie et environnement, 2009

Off the Page, with Jonathan Trudel

[For this special edition of Off the Page, we present our interview with Jonathan Trudel in its original French, with the English version below.]

La nouvelle série Off the Page est une exclusivité produite par la Fondation nationale du prix du magazine canadien (FNPMC) et qui offre aux anciens lauréats de Prix du magazine canadien une tribune où ils sont invités à exprimer ce que leur prix a signifié pour eux et à nous dire où ils en sont aujourd’hui dans leur carrière. La série « Off the Page » paraîtra périodiquement dans notre blogue à l’hiver et au printemps 2012. Cette semaine, nous découvrons quoi de neuf avec le rédacteur Jonathan Trudel.

FNPMC : Vous avez remporté le Prix Alexander Ross du Meilleur nouvel auteur, en 2001, pour votre travail dans L’actualité. Quels souvenirs avez-vous de la réception de ce prix et qu’a-t-il signifié pour vous dans le contexte de votre début de carrière?

Jonathan : J’étais nerveux et intimidé! Je débutais ma carrière en journalisme magazine, et il s’agissait de ma toute première présence à un gala des Grands prix du magazine canadien à Toronto. Écrire de longs reportages de type magazine n’est jamais un exercice facile — même après 12 ans à L’actualité. Quand je m’installe devant mon ordinateur, je me demande encore parfois si j’ai choisi le bon métier. Le Prix Alexander Ross m’a permis de croire, le temps d’un instant, que j’ai peut-être fait le bon choix. Les prix de journalisme — et les Prix du Magazine Canadien sont certainement parmi les plus prestigieux — aident les jeunes journalistes à bâtir leur confiance en soi et à se forger une crédibilité et une réputation dans le milieu.

Cela dit, c’est toujours à recommencer. Après avoir gagné le Prix Alexander Ross en 2001, ma rédactrice en chef m’avait félicité mais aussitôt lancé un défi. En souriant, elle m’avait dit : «Maintenant, il faudra revenir ici, à Toronto, et gagner un prix dans une catégorie rédactionnelle, en compétition avec tous les journalistes du monde du magazine, pas seulement les nouveaux.»

FNPMC : Depuis cette époque, votre carrière dans le secteur des magazines a été prolifique : vous avez été en nomination 17 fois aux Prix du magazine canadien, remportant 4 médaille d’Or et 1 médaille d’Argent pour vos articles dans L’actualité, pour vos textes sur des sujets tels que la santé au masculin, l’écosystème amazonien et même la vedette du hockey Alex Kovalev. À quoi attribuez-vous votre réussite et celle de L’actualité?

Jonathan : Un des grands avantages d’être journaliste à L’actualité, c’est d’avoir du temps. Du temps pour concevoir un sujet. Pour réfléchir. Pour aller sur le terrain, que ce soit en banlieue de Montréal, dans le nord de l’Alberta ou ailleurs. Le journaliste Thomas Friedman, du New York Times, a l’habitude de dire : «If you don’t go, you don’t know.» C’est encore plus vrai en cette heure plutôt difficile pour le journalisme, alors que nous devons trouver des façons de nous démarquer, de montrer pourquoi nous sommes pertinents.

J’ai aussi la chance d’avoir le temps d’écrire. C’est à la fois un luxe et une responsabilité. Quand on dispose de plusieurs semaines pour produire un reportage, on a moins le droit à l’erreur ou d’amorcer son texte avec un mauvais «lead», par exemple. On n’a pas d’excuse.

FNPMC : À quels projets avez-vous travaillé récemment, et croyez-vous que nous verrons votre nom aux prochains Prix du magazine canadien?

Jonathan : Pour le meilleur et pour le pire, je reste un indécrottable journaliste généraliste. C’est inscrit dans mes gènes. En ce moment, je prépare un reportage sur les Canadiens de Montréal, un autre sur les conditions de travail des médecins et je m’apprête à me plonger dans la couverture des élections américaines. J’ai aussi la chance, depuis l’automne, de partager une charge de cours en journalisme à l’Université de Montréal.

Quand à savoir si je serai présent aux prochain gala des prix, je n’en sais rien. Mais bien honnêtement, il est totalement irréaliste de s’attendre à gagner chaque année à Toronto. La compétition est beaucoup trop féroce!

Jonathan Trudel est un rédacteur attitré de L’actualité. Son plus récent article lauréat d’un Prix du magazine canadien, « Un bulldozer nommé PKP », a remporté le médaille d’Or dans la catégorie Affaires, en 2010. Pour plus d’information sur le travail de Jonathan, consultez ses archives à L’actualité.

“Santé, Bonjour le privé” by Jonathan Trudel in L’actualité won a Gold National Magazine Award in 2008, in Service: Health & Family

Off the Page is an exclusive new series produced by the NMAF that reaches out to former National Magazine Award winners to find out what their awards have meant to them and what they’re up to now. Off the Page will appear regularly on the NMA blog during the winter and spring of 2012. This week we catch up with National Magazine Award-winning writer Jonathan Trudel.

NMAF: You won the Alexander Ross Award for Best New Magazine Writer back in 2001 for your work in L’actualité. What do you recall about winning that award and what did it mean for your young career in magazines?

Jonathan: I felt nervous and intimidated! At the time I was just beginning my career as a magazine journalist, and I was attending the gala for the very first time. Writing long feature stories is never an easy task — even after 12 years at L’actualité, I have to admit it’s still a struggle. When I sit in front of my computer, I sometimes wonder if I have chosen the right career. The Alexander Ross Award allowed me to believe, for a moment, that I might have made the right choice. Journalism prizes — and the National Magazine Awards are certainly among the most prestigious in the country — help to build self confidence and give young journalists a chance to establish credibility and reputation in the industry.

That being said, it’s always a new beginning. When I won the Alexander Ross Award back in 2001, my editor in chief congratulated me but almost immediately issued a challenge. With a grin, she said: “Ok, now you’ll have to come back here and earn a prize in a written category, competing with all the journalists in the magazine industry, not only the new ones.”

NMAF: Since then, your magazine career has been prolific: you’ve been nominated 17 times for National Magazine Awards, winning four Gold awards and 1 Silver award for your reporting in L’actualité, for writing about topics such as men’s health, the Amazon ecosystem and even hockey star Alex Kovalev. Why do you think you and L’actualité have been so successful?

Jonathan: One of the main advantages of being a staff writer at L’actualité magazine is that we have time: time to conceive a story; time to think; time to do reporting on the ground, whether it’s in a suburb near Montreal, in northern Alberta or elsewhere. Thomas Friedman, from The New York Times, often says: “If you don’t go, you don’t know.” I think it’s especially true in these rather difficult times for journalism, when we need to find ways to show our value and prove that we are still relevant.

I also have another opportunity: time to write. It’s at once a luxury and a responsibility. When you have weeks to file a story, the expectations (from your boss and your readers) are higher. You don’t have the right to be boring. There is no excuse.

NMAF: What have you been working on recently, and do you think we’ll see your name at the next National Magazine Awards? 

Jonathan: For better or for worse, I have very broad journalistic interests. It’s in my DNA. These days, I’m working on one story about the Montreal Canadiens, another about the working conditions of physicians, and I’m about to jump into the coverage of the upcoming presidential elections in the USA. Since last fall, I’ve also been teaching journalism at Université de Montréal.

Now, will I attend the next National Magazine Awards gala? Of course I can’t possibly know. But honestly, it’s totally unrealistic to expect to win every year on this stage. The competition is way too ferocious!

Jonathan Trudel is a staff writer at L’actualité. His most recent National Magazine Award-winning article — “Un bulldozer nommé PKP” — won the Gold prize in the Business category in 2010. Read more of Jonathan’s work at his archive at L’actualité.